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18th

Episode 6 (1981-1986) - Mitterrand I, l’homme à la rose.

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La Ve République pour les nuls
Mitterrand I, l’homme à la rose (1981 – 1986)

1. La présidentielle de 1981 : un jeu à quatre.

Quatre grands blocs se dessinent à l’approche du premier tour :

Pour le centre, Valéry Giscard d’Estaing est le favori de la compétition. Si après coup la victoire de la gauche a des airs d’événement inéluctable, il faut se souvenir que début 1981, tous les sondages prédisent à Valéry Giscard d’Estaing une réélection confortable, avec plus de 30% des voix au premier tour. Le président sortant a donc l’intention de faire une campagne minimaliste.

Pour la gauche, François Mitterrand part en position fragile. Non seulement les communistes font cavalier seul contrairement à 1974, mais en plus les militants socialistes doutent du candidat vieillissant. Beaucoup lui auraient préféré le jeune Michel Rocard, qui s’est posé en recours dès la défaite de la gauche aux législatives de 1978. Il n’a du son investiture qu’à deux facteurs : d’une part, ses réseaux tiennent l’appareil du Parti ; d’autre part, la tentative d’entrée en campagne de Rocard s’est soldée par une prestation télévisuelle pitoyable qui a fait long feu.

Pour la droite, Jacques Chirac profite à plein de son positionnement anti-Giscard constant depuis qu’il a démissionné du poste de Premier ministre, en 1976. Donné initialement à 11% dans les sondages, miné par des candidatures gaullistes orthodoxes (celles de l’ancien Premier ministre de De Gaulle Michel Debré et celle de sa propre ancienne conseillère Marie-France Garaud), il est en train d’opérer une remontée spectaculaire dans les intentions de vote.

Pour l’extrême gauche, Georges Marchais a semble-t-il compris, mais trop tard, qu’avoir signé dans les années 70 le Programme commun de la gauche a déclenché une hémorragie de votes du PCF vers le PS. En effet, de plus en plus d’électeurs communistes jouent le « vote utile » en votant directement pour la gauche parlementaire, avec dans l’idée que de toute façon elle gouvernera avec le PCF.
Les stratégies de campagne de premier tour seront très différentes selon les candidats :

Le président sortant, attaqué de toutes parts sur son bilan, prévoyait de ne quasiment pas faire campagne. Il subit cependant de plein fouet un problème d’image façon « ce type se prend pour le roi de France. » Soumis à une pression considérable, il va se résoudre à mener une campagne de la peur, en cognant comme un sourd sur le « péril communiste » qui menace la France. Le camp du pouvoir ira même jusqu’à évoquer les « chars de Moscou » qui arriveraient à Brest dès le lendemain de l’élection en cas de victoire de la gauche.

Le candidat socialiste, pariant surtout sur l’effondrement de Giscard en cours de campagne, fait campagne sous trois angles : dénoncer sans relâche la situation économique et sociale, mauvaise depuis les 2 chocs pétroliers ; travailler sa stature présidentielle de « force tranquille, » guidé en cela par le publicitaire Jacques Séguéla ; passer en boucle le message qu’il est grand temps qu’après un quart de siècle de gouvernement de droite le temps de la France de gauche est venu.

Le candidat gaulliste mise à la fois sur l’électorat traditionnellement gaulliste et sur un bonus d’électeurs de droite et du centre déçus par Giscard. Ce sera donc de lui, et non de Mitterrand, que viendront les pires attaques contre le bilan du président sortant. Sa stratégie a entre autres mérites de rendre inaudibles les discours gaullistes-orhtodoxes de Debré et de Garaud, rapidement scotchés dans les sondages en-dessous de 5%.

Le candidat communiste mène une campagne assez classique pour son camp, sur la dénonciation du système économique et la nécessité de réformes radicales. Mais d’un côté, Mitterrand défend déjà des mesures fortes comme la nationalisation des grandes banques, et de l’autre, le communisme a mauvaise allure ces temps-ci : l’URSS a envahi l’Afghanistan deux ans plus tôt et les chefs d’Etat vieillissants y meurent tous les trois ans…
On notera deux événements marquants durant cette campagne, chacun concernant un des deux favoris :

  • Valéry Giscard d’Estaing s’embourbe dans l’affaire des diamants. L’existence des fameux diamants offerts par l’empereur centrafricain Bokassa Ier, en fait d’une valeur de dix mille francs et de facture grossière, passionne la presse. Le président sortant estime indigne de sa fonction de répondre aux accusations de corruption (au demeurant, il s’agissait d’un cadeau de chef d’Etat à chef d’Etat, et non d’un cadeau personnel). Il laissera donc l’idée qu’il est un nanti corrompu s’installer dans l’opinion et refusera de répondre à Alain Duhamel sur cette affaire.
  • François Mitterrand va se tirer admirablement du piège lancé par Alain Duhamel (encore lui), qui l’interroge sur la peine de mort en sachant qu’il est contre mais que l’opinion est massivement pour. A la surprise générale, Mitterrand va plus loin que l’habituelle « position personnelle » et annonce que s’il est élu, il abolira la peine de mort en dépit des sondages. Ces propos confirment dans l’opinion sa stature d’homme d’Etat.

A l’issue du premier tour, on note la percée remarquable de Jacques Chirac à 18% et l’effondrement de George Marchais à 15%. Parallèlement, le score du président sortant est très en dessous des prévisions, à 28%, alors qu’à l’inverse un Mitterrand prévu à 21 dépasse les 25% des suffrages.

2. 1981 : un second tour à fronts renversés.

Le second tour du scrutin sera doublement à fronts renversés : à la fois quant au positionnement des candidats battus, et quant au comportement des qualifiés lors du débat télévisé.

Au niveau du positionnement des candidats battus, Giscard a raconté depuis comment il avait appelé entre les deux tours une permanence du RPR en se faisant passer pour un électeur lambda hésitant sur son vote. Il lui fut répondu de voter Mitterrand. Parallèlement, le PCF fait circuler des instructions à ses militants sur le « vote révolutionnaire », pratique qui consiste à voter contre la gauche réformiste pour ne pas nuire à long terme à la gauche révolutionnaire. Plus prosaïquement, le PCF agit ainsi sur ordre de son bailleur de fonds, l’URSS, très satisfaite de la diplomatie de Giscard et qui préfère jouer sa réélection plutôt qu’un Mitterrand dont elle ne peut pas juger la fiabilité. De fait, un nombre non négligeable de voix de droite iront à Mitterrand tandis qu’un nombre de voix communistes tout aussi significatif se portera sur Giscard…

Pour accéder à un extrait du débat présidentiel de 1981, cliquez ici

Au niveau du comportement des qualifiés lors du débat télévisé, Giscard commet l’erreur de taille de sous-estimer son adversaire. Il croit que comme en 1974, il le battra à plate couture. Mais Mitterrand a entretemps bénéficié de l’entraînement du publicitaire Séguéla et surtout du jeune réalisateur engagé à gauche Serge Moati. Ce dernier veillera d’ailleurs à faire accepter par la partie adverse une liste de règles de tournage du débat qui favoriseront son candidat : le camp de Giscard, certain de sa force, néglige ces détails. Pourtant, à l’image, les plans serrés sur le visage de Mitterrand lui donneront une allure bien plus présidentielle que les plans éloignés sur le président sortant. Par ailleurs, le déroulé même du débat est spectaculaire : alors que Giscard le commence très exactement comme celui de 1974, quelques minutes suffisent pour que Mitterrand fasse exploser d’un ton cassant sa posture de professeur rabrouant un mauvais élève. Le débat commencé avec Giscard président et Mitterrand challenger se transforme de façon frappante en l’exact inverse : le candidat socialiste est déjà président à l’image quand se termine le débat.

3. L’homme à la rose.

Sans doute faut-il avoir vécu la journée du 10 mai 1981 pour comprendre à quel point ce fut une date extraordinaire pour tous les Français de gauche. Au bout de près d’un quart de siècle d’attente, la citadelle de la droite tombe par 52% des suffrages. Les scènes de liesse populaire, notamment place de la Bastille, marquèrent durablement les esprits.

Le jour même de l’investiture, qui inclura hélas des insultes et des sifflements lorsque Giscard quitte l’Elysée à pied comme il y était entré, Mitterrand prend la tête d’un cortège qui compte tout ce que la gauche aura comme ténors pour les quinze ans à venir. Arrivé au Panthéon, il fleurira d’une rose rouge les tombes de Jean Jaurès, le père du socialisme, de Jean Moulin, héros communiste de la Résistance, et de Victor Schoelcher, initiateur de l’abolition de l’esclavage en France.

Barbara, chanteuse, compositeur et interprète, par ailleurs icône de la gauche des années 70 et 80. Au lendemain de la victoire de Mitterrand à l’élection présidentielle, elle lui dédiera une chanson intitulée “L’homme à la rose.”

Le gouvernement n’est pas encore formé, et tout juste Pierre Mauroy a-t-il été nommé Premier ministre, que la gauche de gouvernement doit affronter un exode massif de capitaux vers la Suisse : la France de droite a peur. De fait, Mauroy doit immédiatement prendre la décision d’une dévaluation du franc, qui sera le tout premier acte de son gouvernement avant même de nommer des ministres.

4. Le gouvernement Mauroy : changer la vie.

Il faut être soit amnésique soit de mauvaise foi pour estimer qu’une fois au pouvoir Mitterrand aurait trahi les électeurs de gauche en ne tenant pas ses promesses. A l’inverse, les réformes menées de 1981 à 1984 surprennent par leur radicalité, sans équivalent dans toute l’Europe occidentale de l’époque.

On retiendra principalement les mesures suivantes :

  • Abolition de la peine de mort (contre l’opinion publique de l’époque).
  • Abrogation du délit d’homosexualité.
  • Semaine de 39 heures au lieu de 40.
  • Cinquième semaine de congés payés.
  • Retraite à 60 ans.
  • Extension massive des droits d’expression du personnel et du poids des institutions représentatives (comité d’entreprise).
  • Nationalisation des 36 premières banques de dépôt, ainsi que Paribas et Suez.
  • Nationalisation de grands groupes industriels (CGE, PUK, Rhône-Poulenc, Saint-Gobain, Thomson).
  • Augmentation de l’ensemble des allocations sociales.
  • Régularisation de la situation de tous les immigrés sans papiers qui exercent un métier et peuvent le prouver.
  • Création de l’impôt sur les grandes fortunes.
  • Doublement des crédits de la Culture et du Travail, augmentation d’un tiers de celui du Logement.
  • Création des zones d’éducation prioritaires (ZEP).
  • Loi Lang sur le prix unique du livre.
  • Légalisation des « radios libres » jusqu’alors pirates (dont la future NRJ) et création du futur CSA.

Robert Badinter : avocat, sa plaidoirie contre la peine de mort sauve le meurtrier Patrick Henry de la guillotine. Ministre de la Justice (1981-1986), il fera voter l’abolition de la peine de mort par l’Assemblée et, par la suite, prendra une série de mesures en faveur des conditions de vie des prisonniers et des droits des victimes. Nommé président du Conseil constitutionnel par François Mitterrand en 1986, il le restera jusqu’en 1995. Il se distinguera lors du procès de Maurice Papon en militant d’abord pour sa condamnation, puis pour sa grâce pour raisons de santé une fois sa peine de prison prononcée.

En outre, au niveau diplomatique, le bilan plutôt maigre inclut tout de même quelques événements marquants :

  • Première visite d’un président français en Israël, où Mitterrand affirme « l’irréductible droit de vivre » des Israéliens.
  • Crise des euromissiles, où Mitterrand choisit son camp en soutenant l’installation de missiles américains en Allemagne de l’Ouest pour faire pièce aux missiles soviétiques.
  • Expulsion de 47 diplomates soviétiques accusés d’espionnage, signal net envoyé à la fois à Washington et à Moscou sur le positionnement de la France socialiste dans la Guerre froide.
  • Sommet européen de Fontainebleau, avec notamment les débuts de la préparation du futur Acte Unique de 1985 et le règlement du contentieux financier britannique.
  • Rencontre entre le président français et des dissidents soviétiques lors de sa visite en URSS.

On soulignera cependant que si la politique du gouvernement est authentiquement de gauche, la situation économique et sociale continue à se dégrader :

  • L’augmentation continuelle du chômage amène le gouvernement à favoriser par la loi les départs en préretraite (« contribution Delalande »). Si sur le coup cette mesure ralentit les progrès du chômage, elle ancrera dans les esprits que passés cinquante ans on n’a plus sa place dans l’entreprise.
  • L’augmentation continuelle de l’inflation met en échec les tentatives de contrôle des prix, et oblige le gouvernement à renoncer à l’indexation des salaires sur les prix. Les plans successifs de lutte contre l’inflation, notamment de Jacques Delors, ne parviennent pas à inverser la tendance.
  • La crise sidérurgique qui s’aggrave amène Pierre Mauroy à ordonner la fermeture et la reconversion de toute une série d’usines.
  • Sur fond de difficulté d’insertion des immigrés et de hausse continuelle du chômage, un parti d’extrême droite inconnu perce à 11% aux élections européennes de 1984…

Rappelons enfin que c’est à cette époque que la décentralisation crée en France les régions, et à titre anecdotique, que comme ministre de l’Industrie Jean-Pierre Chevènement démissionne pour la première fois d’un gouvernement parce qu’il n’est pas d’accord en 1983 (ici, avec le plan de rigueur contre l’inflation).

 

Jacques Delors : d’abord haut fonctionnaire à la Banque de France, il rejoint le Premier Ministre Chaban-Delmas comme conseiller économique et social. Il sera alors l’un des théoriciens de la “Nouvelle Société.” Il mène par la suite en parallèle une carrière de haut fonctionnaire dans des structures de planification économique ou des organismes bancaires, et un investissement croissant dans le Parti socialiste comme expert. Ayant la confiance des gouvernements étrangers et des milieux financiers, il applique pourtant comme Ministre de l’Economie et des Finances le programme économique radical des nationalisations du gouvernement Mauroy. Mitterrand le propulse par la suite président de la Commission européenne, poste qu’il conservera dix ans (1985-1994). Son mandat sera marqué par l’élargissement de l’Europe communautaire à de nouveaux membres, l’adoption de l’Acte unique européen, la réforme de la politique agricole commune (PAC), les accords de Schengen, et le traité de Maastricht. En 1995, il refuse d’être candidat socialiste à la présidentielle, au motif qu’il pense ne pas pouvoir avoir une majorité pour la politique qu’il juge nécessaire.

A mesure qu’il bute sur les écueils de l’inflation galopante et du chômage qui ne tarit pas, le gouvernement Mauroy est de plus en plus affaibli. Le coup de grâce lui est porté par le projet de loi Savary de 1984 : sa tentative de torpiller l’enseignement privé entraîne des manifestations monstres de plusieurs millions de personnes dans toute la France (même ma propre grand-mère, soixante-trois ans à l’époque…) et, de guerre lasse, Pierre Mauroy jette l’éponge.

5. Le gouvernement Fabius : limiter la casse.

On sait par plusieurs témoignages, notamment celui de Jacques Attali, que les grandes phases de la présidence de Mitterrand s’expliquent en grande partie par sa maladie. En 1981, son cancer lui a déjà été diagnostiqué et ses médecins lui donnent deux à trois ans, peut-être quatre. Cela explique en partie le rythme herculéen qu’il impulse aux réformes tout le temps du gouvernement Mauroy. Il semble que dans son esprit, une fois les réformes radicales passées il lui resterait à « tenir bon » pour qu’aucun front social ne recule et espérer terminer son mandat vivant. C’est dans ce contexte qu’il nomme un jeune et brillant énarque Premier ministre, dans l’idée de tenir jusqu’aux législatives qui s’annoncent perdues. Laurent Fabius, à 39 ans, devient le plus jeune Premier ministre depuis plus d’un siècle.

Charles Hernu : Ministre de la Défense (1981-1985), il fut auparavant employé par les services de propagande du régime de Vichy pendant ses jeunes années. Engagé dans la gauche des radicaux après la guerre, il se rapprochera de Mitterrand dans les années 60 et deviendra son directeur de campagne lors de l’élection présidentielle de 1965. “Monsieur Défense” du Parti socialiste, maire de Villeurbanne, il devra quitter le gouvernement en 1985 du fait du scandale du Rainbow Warrior. Par la suite engagé politiquement comme député des Bouches-du-Rhône, il meurt d’une crise cardiaque en 1990.

Le bilan sera dans l’ensemble assez chiche. On retiendra :

  • Une loi contre la concentration dans la presse, que le Conseil constitutionnel invalidera, et la libéralisation de l’audiovisuel, qui permettra la naissance de Canal+ et de La Cinq.
  • Le début d’affrontements armés violents entre indépendantistes et forces de l’ordre en Nouvelle-Calédonie.
  • L’asile offert aux gauchistes et activistes italiens non poursuivis pour crimes de sang et qui ont explicitement renoncé à la violence. Vingt ans après, Nicolas Sarkozy enclenchera des extraditions, mais ne concernant que les activistes qui ont profité de cet asile alors qu’ils furent auteurs de crimes de sang.
  • L’affaire du Rainbow Warrior, navire anti-essais nucléaires de Greenpeace coulé par les services secrets français.
  • L’adoption de lois à sensibilité écologiste, sur la protection du littoral et des montagnes.

Au niveau international :

  • La célèbre commémoration de la bataille de Verdun par Mitterrand et le chancelier Helmut Kohl, se tenant la main.
  • L’accession de Jacques Delors à la tête de la Commission européenne.
  • La ratification par la France de la Convention européenne des Droits de l’Homme.
  • La signature de l’Acte Unique européen, coup d’envoi des préparatifs de la monnaie unique et du futur traité de Maastricht.
  • Une prise d’otages français au Liban par le Hezbollah.

Cependant, le cap des deux millions et demie de chômeurs a largement été franchi, la gauche étant de fait en très mauvaise posture pour les élections législatives qui s’annoncent. Au reste, le débat télévisé qui oppose le Premier Ministre Fabius au chef de l’opposition, Jacques Chirac, tourne largement à l’avantage de ce dernier : c’est l’épisode resté célèbre où, traité avec condescendance de « roquet » par Chirac, Fabius se qualifiera avec pédanterie de « Premier-Ministre-de-la-France. »

Pour voir l’échange à couteux tirés de 1986 entre Fabius et Chirac, cliquez ici

6. Les législatives de 1986 : la “coexistence.”

La gauche a mis en place le scrutin proportionnel aux élections législatives, à la fois parce que c’était une promesse de 1981 et parce que cela devrait limiter la casse. De fait, la majorité que décrochent la droite et le centre est assez courte, et gênée par la percée notable du Front national, qui entre à l’Assemblée.

Immédiatement, le landernau politicien bruisse d’interrogations face à cette situation complètement inhabituelle : la non-concordance entre la couleur politique du président et celle de l’Assemblée. Le président va-t-il démissionner ? Va-t-il nommer un Premier Ministre « non-partisan » ? Va-t-il comme cela se murmure choisir son vieil ami Jacques Chaban-Delmas ? La vie politique est entrée dans le monde étrange de ce qu’on appelle pour l’instant « la coexistence, » et qui finira au fil des ans par être désigné par le terme « cohabitation. »

 

Prochain épisode :

Mitterrand II, les longs adieux (1986 – 1995)


8 Responses to “Episode 6 (1981-1986) - Mitterrand I, l’homme à la rose.”

  1. Militant Alcibiade on août 18th, 2008 10:14

    Il faut aller plus loin dans l’analyse sur la Présidentielle de 1981 et rappeler que le RPR a appelé à voter PS en sous main.
    Il faut rappeler aussi qu’un apprenti sorcier comme Pasqua voyait Mitterrand élu, la victoire de la droite avec Chirac aux législatives, de nouvelles présidentielles dans la foulée et Chirac enfin à l’Elysée. Tout cela en un an chrono.
    Toujours se souvenir !

  2. Thomas on août 18th, 2008 14:04

    Le fait que l’appareil du RPR ait encouragé ses militants à voter Mitterrand est déjà rappelé dans la première partie du chapitre 2.

    Il y est également rappelé qu’en parallèle, l’appareil du PCF a encouragé les siens à voter Giscard (consigne dite du “vote révolutionnaire”).

    Amicalement,

    Thomas
    Co-auteur

  3. Militant Alcibiade on août 18th, 2008 14:59

    Pas du tout d’accord. Un peu court votre analyse !
    N’oubliez pas de rappeler que VGE aurait été élu si, seuls les + de 21 ans avaient voté.
    D’autre part, le poids du RPR état supérieur largement à celui du PC.
    Le socialisme en France, c’est Chirac, aucun historien ne le conteste !

  4. Thomas on août 18th, 2008 15:49

    Pour être franc, je suis dubitatif sur vos remarques, pour les raisons suivantes :

    1. VGE aurait effectivement été réélu en 1981 si seuls les + de 21 ans avaient voté. De même que Mitterrand aurait gagné dès 1974 si à l’époque seuls les hommes avaient voté. Il n’en demeure pas moins qu’en 1981 hommes et femmes de + de 18 ans ont le droit de vote, et que c’est cet électorat-là qui est à prendre en compte.

    2. Il est inexact de considérer que le RPR avait à la fin des années Giscard un poids supérieur à celui du PCF. Pour être plus précis, en 1981, la marge haute de l’espace politique du PCF et la marge basse de celui du RPR se croisent (un peu comme celles de Bayrou et de Royal en 2007).

    3. Considérer que Jacques Chirac aurait une responsabilité politique dans la victoire des socialistes en 1981, c’est entrer dans la théorie du complot (un peu comme ceux qui estiment que Chirac fit exprès de perdre lors de la dissolution de 1997 pour assurer sa réélection). En effet, l’électorat déplacé par les consignes de vote “à titre personnel” de Chirac et les consignes pro-Mitterrand de l’appareil RPR à ses militants n’auraient pas suffi à donner la victoire à Mitterrand.

    3. De manière plus exhaustive, il y a une liste de facteurs qui expliquent la victoire de Mitterrand sur Giscard, mentionnés d’ailleurs dans cet article : le contexte socio-économique défavorable au candidat sortant, le maintien sans interruption de la gauche dans l’opposition depuis 23 ans, la mauvaise campagne de Giscard, la bonne campagne télévisuelle de Mitterrand, le tassement suffisant du poids du PCF pour que l’alliance PS-PCF profite surtout au PS. Les consignes de vote de MM. Chirac et Marchais, et de leurs partis respectifs, font partie des facteurs, mais pas au point de déterminer à eux seuls le résultat (et ce d’autant plus qu’en grande partie elles se neutralisent l’une l’autre).

    Pour conclure, si le raisonnement
    “-En 1981 Chirac joue Mitterrand contre Giscard,
    -En 1981 Mitterrand gagne contre Giscard,
    -Donc Chirac fait gagner Mitterrand en 1981,”
    est un sophisme très répandu, il n’en est pas moins faux. ;-)

    Amicalement,

    Thomas
    Co-auteur

  5. Militant Alcibiade on août 18th, 2008 15:56

    Pas convaincu du tout ! Mais 27 ans après, toutes les idées sont bonne à prendre. Je prends donc acte de vos convictions

  6. Ratinox on septembre 27th, 2008 0:17

    Tout a fait d’accord avec Thomas…

  7. Roosevelt on novembre 14th, 2008 0:52

    A choisir entre Mitterrand et Sarko le choix est vite fait. François réveille-toi, ils sont devenus fous !

    Plus sérieusement je pense qu’une large alliance allant du Modem aux Verts peut rendre ses couleurs à la république.

  8. Thomas on novembre 14th, 2008 12:20

    Les Verts existent encore? :-)

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